Ni tout à fait partis, ni tout à fait là. Vivre avec ses morts

Journée d’étude sur les pratiques funéraires dans l’Auditorium du Musée Cernuschi de 12h15 à 18h.

Coordination : Adrien VIEL, cinéaste et anthropologue, chercheur associé au laboratoire d’anthropologie, archéologie et biologie (LAAB, Paris-Saclay) et au centre d’études en sciences sociales du religieux (CéSor EHESS-CNRS) et Juliette CAZES, thanatologue et chercheuse indépendante.

Dans le Phédon de Platon, Socrate soutient que la vie naît de la mort et la mort de la vie, dans un cycle sans fin qui donne sens à l’existence. Ce que Platon formule comme argument philosophique, certaines sociétés humaines le vivent comme une évidence : mourir ne suffit pas à disparaître. Cette journée d’étude propose d’interroger, dans une perspective pluridisciplinaire, les manières dont les sociétés prennent en charge leurs défunts. Il ne s’agira pas seulement de réfléchir à la mort comme événement, mais à tout ce que les vivants mettent en œuvre pour leurs morts, afin de s’assurer que le chemin du repos est bien trouvé, pour que, apaisés, ils deviennent ancêtres plutôt que fantômes. Certaines populations bouddhiques du Népal distinguent deux séquences rituelles, l’une consacrée au corps et l’autre à l’âme, parfois séparées de vingt et un jours. À l’heure où les sociétés occidentales tendent à tenir la mort à distance, hors du regard et de la vie sociale, que perd-on lorsque le rite funéraire — du funérarium à la cérémonie — s’accomplit en quelques jours seulement ? Dans ce monde d’immédiateté, où le silence des morts pèse souvent comme un vide plutôt qu’une présence, cette rencontre propose de croiser les regards de l’anthropologie, de la sociologie, de l’histoire ou encore de la littérature et de la thanatologie pour réfléchir à la place de nos défunts, non comme de simples absents, mais comme des êtres avec lesquels les vivants composent et entretiennent des relations durables.

Cette journée sera l’occasion de redécouvrir ce que ces pratiques locales, venues d’ailleurs ou d’autrefois, nous disent de nous, humains de passage, dont le corps retourne à la terre, et dont l’âme, là où les sociétés ont accepté de lui faire une place, continue d’habiter d’autres mondes. Elle invite à déplacer notre regard pour poser avec les sciences sociales la question qui est peut-être sous toutes les autres : pourquoi les vivants déploient-ils autant d’énergie pour leurs morts, s’il n’y a plus rien après ?